L’Allemagne et la France au service de l’Europe, aujourd’hui plus que jamais !

Tribune conjointe du ministre français des Affaires étrangères Laurent FABIUS et du ministre allemand des Affaires étrangères Guido VESTERWELLE - 22 janvier 2012.

Pendant des siècles, nos deux pays ont été rivaux, adversaires, voire « ennemis héréditaires ». Leur relation a connu sa période la plus dramatique lors des deux guerres mondiales, en particulier avec les crimes commis par la dictature nazie. Il faut avoir conscience de cette dimension historique pour prendre la mesure du courage, de l’audace dont ont fait preuve Konrad Adenauer et Charles de Gaulle en signant, le 22 janvier 1963, le Traité de l’Élysée.

Le texte du Traité est court et dense, mais son contenu est quasi-révolutionnaire : l’Allemagne et la France s’y engagent ni plus ni moins à « parvenir, autant que possible, à une position analogue » sur toutes les questions économiques, politiques et culturelles importantes. Cinquante ans après, le Traité reste toujours aussi actuel. Les orientations de son préambule - réconciliation, jeunesse, solidarité et Europe - décrivent l’essence de notre partenariat. Il a permis, au fil des ans, au-delà des vicissitudes du quotidien, de créer une proximité et une amitié que peu de peuples partagent.

Une inimitié séculaire peut laisser la place à une amitié profonde : tel est le message du Traité de l’Élysée, dont la portée est universelle. Car nous avons mené à bien la réconciliation entre Allemands et Français. Les sondages montrent aujourd’hui que plus de 85 % de nos concitoyens ont une bonne ou très bonne image du pays voisin. Nous avons un manuel d’histoire commun, une brigade franco-allemande, une chaîne de télévision binationale – Arte – et bien d’autres institutions de dialogue et d’intégration entre nos deux peuples. À cela viennent s’ajouter les liens étroits entre populations des deux pays. Il existe aujourd’hui plus de 2000 jumelages entre villes allemandes et françaises qui contribuent de façon déterminante à l’intensité de nos échanges sociaux et culturels. Nos économies sont étroitement liées.

Cependant, nous ne devons pas céder à l’illusion que tout irait automatiquement de soi. Ce qui était vrai hier, l’est encore aujourd’hui : la jeunesse est la clé de notre avenir commun. Notre mission consiste toujours à faire comprendre aux jeunes des deux pays l’intérêt et l’importance de connaître son voisin. C’est à l’Office franco-allemand pour la jeunesse que revient le mérite d’avoir permis la rencontre de millions de jeunes Allemands et Français. Nous poursuivrons cette action.

Notre amitié repose sur un socle solide de valeurs partagées. Chez nous comme dans le cadre international, nous nous engageons en faveur de la liberté, de la tolérance, de l’aide aux plus faibles et de la diversité culturelle. Pourtant, au cours des 50 dernières années, l’Allemagne et la France ont parfois eu des positions divergentes au moment de régler des questions importantes d’intérêt commun. Mais nous avons prouvé que nous étions capables de comprendre la position de l’autre et prêts à trouver une solution acceptable par chacun. Dans un esprit de solidarité et de compromis, l’Allemagne et la France veulent continuer de relever ensemble les grands défis de notre temps pour assurer la croissance et la prospérité, pour encourager l’innovation et l’éducation, pour protéger l’environnement, pour garantir un approvisionnement énergétique sûr et durable, pour répondre aux questions nouvelles de l’ère informatique, et pour mettre en œuvre notre engagement en faveur de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans le monde. L’Allemagne et la France partagent la même détermination à œuvrer pour un Mali libre et démocratique, qui détermine son destin. Avec nos partenaires de l’Union européenne, nous apporterons une contribution importante à l’avenir de cet Etat d’Afrique

Plus que jamais, l’Europe est au cœur de notre coopération. Les réussites de l’Union européenne, du marché unique à la monnaie commune en passant par la libre circulation des personnes et des biens, auraient été inimaginables sans notre volonté et notre action commune. Nous voulons continuer à mettre l’amitié franco-allemande au service de ce projet et nous invitons ceux qui le souhaitent à se joindre à nous. Dans le cadre du Triangle de Weimar, la Pologne s’est engagée pleinement à nos côtés en faveur de l’intégration européenne. Un premier cercle de pays volontaires pourra utilement se dessiner, mais l’Europe « à la carte », qui verrait certains prétendre aux avantages de l’Union sans en respecter les obligations, n’est pas une option envisageable.

Les défis que nous devons relever sont immenses. Sur le plan économique, la priorité reste de surmonter la crise et les mutations économiques, en consolidant les finances publiques mais aussi en favorisant la croissance et la solidarité, pour permettre le redressement économique de l’Europe et affermir sa position face à la concurrence mondiale. Pour pouvoir nous affirmer dans le monde multipolaire du XXIe siècle, nous devons être prêts à moderniser en permanence nos économies et nos sociétés, mais aussi, le moment venu, à poursuivre la construction de la maison Europe et à la rendre plus apte à résister aux crises.

Nous entendons lutter contre le risque d’une érosion de l’UE. La tendance au populisme et au nationalisme a augmenté de manière inquiétante avec la crise économique. Nous y opposons l’engagement franco-allemand en faveur de l’Europe. Notre relation, qui est en général excellente, peut être plus que jamais un moteur pour l’Europe. En tant que ministres des Affaires étrangères et citoyens européens, nous avons la conviction que, dans un autre contexte, le « réflexe européen » de la génération de la guerre et de l’après-guerre doit être entretenu et prolongé. Face aux dangers que nous devons affronter, et contrairement à ce qui est parfois prétendu, l’Europe n’est pas le problème, elle doit être la solution. À cette fin, des améliorations sont indispensables et nous devons en être les porteurs. Nous souhaitons agir en faveur d’une Europe qui réponde pleinement aux attentes des peuples, afin qu’elle n’apparaisse pas comme un coût, mais d’abord comme un progrès, dont nos concitoyens profitent au quotidien sous la forme d’une liberté, d’une prospérité et d’une sécurité accrues. C’est ce que Konrad Adenauer et Charles de Gaulle nous diraient aujourd’hui.

Es lebe die deutsch-französische Freundschaft ! Vive l’amitié franco-allemande !

English version

Germany and France at the service of Europe, today more than ever !

Joint article by the French minister of Foreign Affairs Laurent FABIUS and the German minister of Foreign Affairs Guido WESTERWELLE - 22 January 2013.

For centuries, our two countries were rivals, adversaries, even “hereditary enemies”. Their relationship went through its most tragic period during the two world wars, particularly with the crimes committed by the Nazi dictatorship. We must be aware of this historical dimension in order to get an idea of the courage and audacity shown by Konrad Adenauer and Charles de Gaulle in signing the Elysée Treaty on 22 January 1963.

The text of the treaty is short and compact, but its content is almost revolutionary : in it, Germany and France commit themselves to nothing more and nothing less than “arriving, insofar as possible, at a similar position” on all the important economic, political and cultural issues. Fifty years on, the treaty is still just as relevant. The key themes of its preamble – reconciliation, young people, solidarity and Europe – embody the essence of our partnership. Over the years – beyond the vicissitudes of everyday life – it has enabled us to create a closeness and friendship that few peoples share.

Centuries-old enmity can give way to profound friendship : this is the message of the Elysée Treaty, which is of universal significance. For we have successfully carried out reconciliation between the Germans and French. Today the polls show that more than 85% of our fellow citizens have a good or very good image of the neighbouring country. We have a common history textbook, a Franco-German Brigade, a binational television channel – Arte – and many other institutions of dialogue and integration between our two peoples. Added to these are the close ties between the two countries’ peoples. Today there are more than 2,000 twinnings between German and French towns and cities, which decisively help boost our social and cultural exchanges. Our economies are closely linked.

However, we must not give in to the illusion that everything can be taken for granted. What was true yesterday still is today : young people are the key to our common future. Our mission is still to teach both countries’ young people the advantages and importance of getting to know their neighbour. The Franco-German Youth Office can take credit for enabling millions of young German and French people to meet. We will continue this effort.

Our friendship is based on a solid foundation of shared values. Both in our countries and in the international framework, we commit ourselves to freedom, tolerance, assistance to the weakest and cultural diversity. However, over the last 50 years Germany and France have sometimes held different positions when it has come to resolving important issues of shared interest. But we have proven that we are capable of understanding each other’s positions and ready to find mutually acceptable solutions. In a spirit of solidarity and compromise, Germany and France want to continue tackling together the great challenges of our time, in order to ensure growth and prosperity, encourage innovation and education, protect the environment, guarantee a secure and sustainable energy supply, respond to the new questions of the computer age and act upon our commitment to peace, security and stability in the world. Germany and France share the same determination to work for a free, democratic Mali who decides her destiny. Along with our European Union partners, we shall make an important contribution to the future of that African state.

More than ever, Europe is at the heart of our cooperation. The EU’s successes – from the single market and the free movement of people and goods to the single currency – would have been unimaginable without our joint determination and efforts. We want to continue putting Franco-German friendship at the service of this project, and we invite those who so wish to join us. In the Weimar Triangle framework, Poland has fully committed herself alongside us to European integration. A first group of proactive countries can usefully emerge, but an à la carte Europe, which would see some claiming the advantages of the EU without complying with the obligations that come with them, is not a conceivable option.

The challenges we have to take up are huge. On the economic front, the priority is still to overcome the crisis and the radical economic changes by consolidating public finances, but also encouraging growth and solidarity, to allow the economic recovery of Europe and bolster its position in the face of global competition. For us to be able to assert ourselves in the multipolar world of the 21st century, we have to be prepared constantly to modernize our economies and our societies, but also, when the time comes, to go on building the European home and make it better able to withstand crises.

We intend to fight the risk of EU erosion. The tendency towards populism and nationalism has increased worryingly with the economic crisis. We are countering this with the Franco-German commitment to Europe. Our relationship, which is generally excellent, can be a driving force for Europe more than ever. As foreign ministers and European citizens, we are convinced that, in another context, the “European reflex” of the war and post-war generations must be maintained and built upon. Faced with the dangers we have to confront, and contrary to what is sometimes said, Europe is not the problem, it has to be the solution. To this end, improvements are essential and we must champion them. We would like to work towards a Europe which fully meets people’s expectations, so that rather than appearing costly, it appears first of all as progress, which our fellow citizens enjoy daily in the form of increased freedom, prosperity and security. This is what Konrad Adenauer and Charles de Gaulle would tell us today.

Long live Franco-German friendship !

Dernière modification : 25/08/2014

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